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lundi 27 janvier 2014

L'absentéisme des cadres : les causes

Comment expliquer la tendance à la hausse de l’absentéisme des cadres ? Par une plus grande attention à leur santé tout d’abord. On le voit notamment à travers l’augmentation des arrêts pathologiques en amont de congés maternité. Ils ont par exemple pu être échaudés par des connaissances qui ont délaissé leur santé au profit de leur ambition professionnelle. Ces cadres se rendent compte de la nécessité d’un arrêt de travail de temps en temps pour souffler par rapport à un rythme trop élevé, d’autant qu’ils devront tenir encore pendant des années avant de partir à un âge sans cesse reculé à la retraite.

 « Si je reçois peu de reconnaissance, je ne vais pas me défoncer, au risque de sacrifier ma santé » indique quant à lui un jeune diplômé faisant référence inconsciemment au ratio de l’équité entre contribution et rétribution. On peut y voir une manifestation du malaise des cadres intermédiaires. Se sentant désormais plus proches de leurs collaborateurs que des hautes sphères du pouvoir, ils sont tentés d’imiter leur équipe en s’autorisant à s’arrêter en cas de maladie.


Le thème du « malaise des cadres » est justement l’objet de mon prochain livre : Le silence des cadres, Enquête sur un malaise (Vuibert, 2014). On en reparle à sa sortie !

vendredi 28 mai 2010

Pourquoi l’absentéisme a-t-il grimpé en 2009 ? (1/3)

Le premier semestre est traditionnellement la période de l’année où les grandes entreprises publient leurs résultats. A côté des bilans financiers, la lecture des premiers bilans sociaux 2010 indique que le taux d’absentéisme a continué de progresser au cours de l’année 2009.

Cette tendance confirme le sondage effectué par Alma Consulting Group en janvier dernier auprès de DRH essentiellement présents dans des entreprises de taille moyenne ou des organismes publics. Selon cet indicateur, l’absentéisme aurait progressé d'un point en 2009 pour atteindre 4,85% aujourd’hui.

Ce phénomène est d’autant plus remarquable que l’absentéisme est traditionnellement corrélé à la conjoncture économique : il baisse quand le chômage augmente et augmente quand le chômage baisse. Avec l’envolée du chômage en 2009, on aurait donc pu s’attendre au contraire à un fléchissement des absences, les salariés ayant tendance à adopter un comportement irréprochable en temps de crise, de peur d’être licenciés. Dès lors, comment expliquer la hausse observée ?

Premier élément explicatif, les grands mouvements sociaux qui eurent lieu au cours du premier semestre 2009. L’absentéisme augmente avec la conflictualité, notamment les jours de grèves, certains salariés préférant se déclarer malades que grévistes ce jour-là. La crise économique, issue d’une crise financière dont les salariés ne se sentaient pas responsables, a également pu réduire l’implication au travail des salariés et encourager des comportements de retrait en signe de protestation.



A suivre...

mardi 21 avril 2009

Un diagnostic qui fait peur !

Le DRH d’un grand hôpital parisien fait appel à moi en me tenant les propos suivant : « J’ai besoin de votre aide car l’absentéisme augmente fortement depuis les deux dernières années dans mon établissement, notamment pour les infirmières, les sages-femmes et les assistantes puéricultrices. ».

Je cherche alors à jeter un œil sur les statistiques de l’hôpital pour vérifier la perception du DRH et lui propose de conduire un diagnostic pour mettre à jour les facteurs à l’origine de cette progression des absences.
"- Non, répond le DRH, nous ce qu’on veut, c’est du concret, des solutions."

Moi : "Je suis désolé mais je n’ai pas de baguette que je puisse sortir d’un chapeau pour apporter une solution miracle. Il faut dans un premier temps comprendre pourquoi certaines catégories du personnel s’absentent afin de réfléchir ensuite à des solutions adaptées."

Le DRH : "Ce n’est pas la peine, je sais déjà ce que les agents vont vous dire : que la charge de travail est trop lourde, que le travail est difficile et surtout qu’ils sont opposés au changement d’organisation que j’ai mis en place depuis un an."

Moi : "Si vous connaissez déjà les causes des absences et que vous disposez d’une analyse précise de la situation, qu’attendez-vous alors pour prendre des mesures pour lutter contre l’absentéisme ?"

Le DRH : "Eh bien, il faut prendre les décisions. C’est pour ça que je fais appel à vous !"

Autrement dit, le rôle du consultant n’est pas ici d’apporter un regard extérieur, d’observer et de conseiller, mais de décider à la place du décideur, celui-ci refusant de prendre ses responsabilités ! En réalité, le DRH craignait que le diagnostic fasse ressortir le manque d’accompagnement du changement mis en œuvre avec la réorganisation. Il craignait que le diagnostic soit un miroir trop cru. C’est bien connu, si l’image renvoyée par une glace ne nous plaît pas, il faut briser la glace !

Du coup, la première décision prise par le DRH fut.. de repousser le sujet de l’absentéisme à l’année suivante !

mercredi 15 avril 2009

Quand une fusion crée de l'absentéisme...

Un grand groupe de distribution a fusionné avec un de ses concurrents. Le premier offrait des conditions de travail supérieures au second, notamment en raison d’une convention collective très protectrice des salariés. Par exemple, l’entreprise prenait en charge l’intégralité du salaire en cas d’absence maladie, même inférieure à trois jours. Le taux d’absentéisme de cette enseigne était alors supérieur à celui de la seconde.

La fusion se traduisit progressivement par une harmonisation des conditions sociales des deux enseignes. Tous les salariés profitent de la convention collective avantageuse, si bien que tous les salariés bénéficient de la subrogation.

Quelques années plus tard, la moyenne d’absentéisme des salariés des deux anciennes entreprises est identique : les salariés qui étaient moins bien logés et moins absents ont adopté le même comportement que celui des salariés avantagés !

jeudi 9 avril 2009

Quand les entreprises poussent à l'absentéisme...

Un petit cabinet de conseil en management qui emploie une vingtaine d’experts réalise un chiffre d’affaires et une rentabilité inférieurs à celui de ses plus gros concurrents. Il ne peut donc pas offrir des salaires correspondant au niveau du marché du travail. Par ailleurs, il n’a pas suffisamment de missions et de clients pour que ses salariés travaillent réellement à temps plein.

Du coup, la qualité de vie et le rythme de travail sont des facteurs mis en avant par les dirigeants au cours du processus de recrutement. Les consultants sont payés à temps plein mais le temps de travail est très peu contrôlé : chacun ferme les yeux sur les absences de courte durée, souvent utilisée par les salariés pour développer une seconde activité en parallèle (enseignement, missions de conseil, engagement associatif...). Ainsi, l’absentéisme autorisé entre directement en compte comme un élément de rémunération supplémentaire en quelque sorte.

Plus couramment, il arrive qu’un manager accorde quelques jours de repos à un salarié au titre de la reconnaissance non monétaire ou pour compenser des heures supplémentaires effectuées que l’entreprise n’a pas l’intention de déclarer.

mercredi 8 avril 2009

L'absentéisme : le golden parachute du pauvre !

Comment expliquer l’augmentation de l’absentéisme chez les jeunes ? Par de multiples raisons : démotivation, défaut d’intégration, faible conscience professionnelle, représailles à l’encontre de leur manager, effet de décompression après l’obtention d’un CDI…

Il existe également une autre explication apparemment en hausse ces derniers temps : la recherche d’un golden parachute ! Eh bien oui : puisqu’on entend dans les médias que les hauts dirigeants partent avec un gros chèque dans la poche, même si les résultats de l’entreprise ne sont pas au rendez-vous, pourquoi pas moi ?

Seulement, ce type de rémunération n’est pas inscrit dans leur contrat de travail. Certains salariés désireux de changer d’horizons demandent alors à se faire licencier par leur entreprise, histoire de partir avec de quoi tenir quelques mois et toucher les Assedic. Le problème, c’est que les entreprises refusent généralement cette pratique.

Du coup, pour se faire licencier, le salarié va s’absenter afin de désorganiser la production… jusqu’à ce que l’entreprise finisse par céder. Cette pratique se répand actuellement dans certains secteurs comme la restauration rapide et la grande distribution. Bref, l’absentéisme est un moyen pour les salariés d’obtenir un golden parachute de pauvre !

dimanche 15 mars 2009

L'import-export d'absentéisme

Le développement des transports a des effets parfois insoupçonnés. Les DRH à Paris imputent parfois la fatigue de leurs salariés et leurs absences ou retards répétés à l’augmentation des distances et temps de transport entre le domicile et le lieu d’exercice de son activité. Il est vrai que certains banlieusards « galèrent » dans les transports en commun ou les embouteillages. D’ailleurs, on sait depuis longtemps que l’absentéisme augmente avec le temps de trajet (cf. par exemple, E. Vatteville, Mesure des ressources humaines et gestion de l’entreprise, Economica, 1985).

J’ai appris depuis peu auprès de responsables RH de province un autre effet des transports : ils participent à l’import-export d’absentéisme. Je savais qu’on pouvait importer des biens et des services, l’absentéisme, j’avoue, on ne me l’avait encore jamais dit.

Cette idée m’a été soufflée par des gens du Pays de Loire, région où l’absentéisme est traditionnellement faible, mais en augmentation ces dernières années. Ces responsables RH l’expliquaient en partie par l’attractivité de la région. D’après les derniers recensements en effet, Nantes et ses alentours connaissent des arrivées de population importantes en raison de leur dynamisme économique. Ils ont ainsi repéré une évolution de la main d’œuvre régionale : les nouveaux travailleurs viennent de région où l’absentéisme est plus élevé, contribuant ainsi structurellement à faire monter la moyenne régionale mais aussi par contagion à modifier le comportement au travail des travailleurs locaux de longue date.

Faut-il aller jusqu’à conclure que le développement des moyens de transport est néfaste à l’assiduité des salariés ? Non, puisque cela permet a priori à d’autres régions d’exporter une part de leur absentéisme, donc de le voir baisser !